08 SEPTEMBRE 2020 pour le FOCUS au sein de L'OBS
Interview par Fannie Fitoussi

Dans un livre touchant et très personnel, Ingrid Chauvin confie ses « Rêves d’enfants » et son combat pour adopter.

« Dans mon esprit, adopter un enfant abandonné c’était “sauver un enfant”. Les services sociaux me l’ont reproché... »

Avec plus de 3 millions de téléspectateurs tous les soirs, « Demain nous appartient » est la série star de TF1 en access prime-time. L’équipe a tourné tout l’été, à Sète, dans l’Hérault, avec juste une petite coupure début août afin de rattraper la pause forcée liée à l’épidémie de Covid-19. Le feuilleton quotidien connaît un nouveau rebondissement qu’attendaient tous les fans : la naissance du troisième bébé de Chloé Delcourt, le personnage principal joué par la superbe Ingrid Chauvin. Un événement fictionnel qui fait douloureusement écho au propre combat mené par la comédienne pour avoir un autre enfant. Dans un livre touchant et très personnel, sorti récemment aux éditions Michel Lafon, la jeune femme confie ses « Rêves d’enfants » et sa bataille perdue pour adopter, après cinq ans d’espoirs.

Depuis trois ans, Ingrid et son mari, Thierry, vivent à Sète où est tournée la série « Demain nous appartient ». Elle en est l’actrice principale, lui le réalisateur. Une collaboration qui leur apporte beaucoup de bonheur.

Comment allez-vous depuis le retour sur les plateaux de « Demain nous appartient » ? À Noël dernier, vous aviez contracté une double pneumonie, puis est venu le confinement…

Ingrid Chauvin : Heureusement, ma pneumonie s’est guérie pendant le confinement et je me sens très bien aujourd’hui. J’ai repris le tournage de « Demain nous appartient » en pleine forme et nous sommes tous dans un état d’esprit serein. Les mesures barrières sont très strictes, ce qui nous permet de travailler sans angoisse.

Le scénario de la série a-t-il été bouleversé par la crise sanitaire ?

I. C. : Il y a moins de baisers à l’écran (rires) mais en dehors de cela, la série suit son cours, normalement. Tous les couples de la fiction ont d’ailleurs été testés par le nez et par le sang. Et puis, chaque matin, on nous distribue un petit sac avec des masques, du gel hydroalcoolique, et toute l’équipe respecte les règles de distanciation dans la bonne humeur.

Dans « Rêves d’enfants », Ingrid Chauvin se livre à coeur ouvert
sur l’adoption.

Il se murmure que votre personnage devrait évoluer dans les prochains mois…

I. C. : J’aimerais davantage de comédie, justement. Que l’on retrouve la Chloé des débuts, avec ses failles mais avec plus de peps.

Dans l’intimité, vous êtes quelqu’un de réservé, sensible, parfois angoissé. Comment naviguez-vous entre votre carrière de premier plan et votre besoin de discrétion ?

I. C. : Ça, c’est un peu le combat de ma vie… Plus jeune, j’en ai souffert. C’est vrai que je n’étais pas préparée à être exposée de cette façon là et ça a été violent. Avec la maturité, forcément, ça va un peu mieux (sourire). En fait, je suis une femme comme tout le monde, je suis une maman comme tout le monde, je vais juste au travail. Je fais un métier extraordinaire mais moi, je suis une femme très ordinaire. Je ne suis pas entourée de lumières, de paillettes, de monde en soirées… je n’ai pas une âme d’actrice du tout. Je fais un métier qui fait rêver beaucoup de gens mais c’est mon métier, pas ma vie.

Parmi vos jardins secrets, il y a l’écriture. Votre 3e livre, Rêves d’enfants, aborde un sujet douloureux : votre long combat pour adopter et le refus des services sociaux…

I. C. : Je l’ai écrit dès lors que j’ai su que mon agrément n’était plus valide. J’y confie mon parcours et mon ressenti face aux murs contre lesquels je me suis heurtée. J’avais besoin d’éveiller les consciences sur tous ces enfants qui sont sous la protection de l’enfance et qui sont délaissés. Très peu de ces enfants sont adoptables et doivent passer leur vie, jusqu’à leur majorité, de foyer en foyer, de famille d’accueil en famille d’accueil. Selon moi, les lois sont mal faites car on priorise toujours ces fameux liens du sang et j’ai vraiment le sentiment qu’aujourd’hui, en France, on protège les parents biologiques et pas les enfants.

À votre avis, pourquoi ne vous a-t-on pas accordé le droit d’adopter un enfant ?

I. C. : C’est très compliqué ! (soupir) J’ai conscience que nous ne sommes pas les seuls. Sur la totalité des dossiers, seuls 10% des couples auront la chance d’accueillir un enfant. Il n’y a pas de lissage national des adoptions en France, ce qui veut dire que chaque département fait comme bon lui semble, avec ses propres lois… J’essaye de trouver des réponses à cette question, moi aussi. Je me dis que l’arrivée de notre fils a forcément fait redescendre notre dossier en bas de la pile. On ne devenait plus un couple « prioritaire ». Peutêtre aussi que nous sommes apparus comme un couple endeuillé car nous avons perdu notre fille, Jade, et que dans leur esprit on voulait peut-être « réparer » ou « remplacer » quelque chose… ce qui n’est évidemment pas le cas. Ils ont cru aussi déceler une certaine « fragilité ». Pour autant, quand on voit Tom, notre fils de 4 ans, qui est très équilibré, on se dit que nous ne sommes pas de trop « mauvais parents »… On se pose plein de questions, on s’imagine des choses mais on n’en sait rien, en fait. On ne sait même pas si, durant ces cinq années de validité de l’agrément, notre dossier a été présenté une fois, au moins, lors d’un conseil de famille.

Avez-vous essayé d’adopter à l’étranger ?

I. C. : Notre idée première était celle-ci car lorsqu’on démarre un projet d’adoption, on ne sait même pas qu’il existe des pupilles de l’État en France. Spontanément, on s’est donc tournés vers l’étranger mais nous avons rencontré des difficultés car beaucoup de pays sont « fermés » à la France et privilégient l’adoption au sein de leur propre territoire, ce que je trouve très bien pour ces enfants d’ailleurs car le déracinement est une souffrance supplémentaire. Nos possibilités d’adopter étaient donc très minces à l’étranger.

« Je fais un métier extraordinaire mais moi, je suis une femme et une maman ordinaire »

Ingrid Chauvin est devenue la marraine des « Mariniers », la maison des enfants de la ville de Sète qui vient en aide aux enfants et jeunes adultes en difficulté sociale et familiale.

Et concernant la GPA (gestation pour autrui), vous l’avez envisagée ?

I. C. : Ça m’a effleuré l’esprit car j’avais tellement envie d’agrandir la famille que je me suis mise à réfléchir à toutes les options possibles et imaginables. Et puis, 48h plus tard, je me suis dis « en fait, non » car ce n’était pas tant avoir un autre enfant qui me tenait à coeur, c’était être là pour un enfant qui en avait besoin. Le projet d’adoption est totalement différent. On a donc abandonné l’idée aussi vite que nous l’avions imaginée. En revanche, je suis favorable à la GPA et j’aimerais bien que ce projet soit possible, encadré et facilité en France.

Dans votre livre, vous racontez que les services sociaux vous ont reproché une phrase, celle de dire que vous souhaitiez « sauver un enfant ».

I. C. : Dans mon esprit, adopter un enfant abandonné, c’était « sauver un enfant ». Quand on constate le chemin de vie de ces pupilles de l’État, on peut largement le dire, à mon sens. Encore une fois, pour un enfant, être balloté de foyer en foyer, sans pouvoir se projeter dans l’avenir, grandir avec la peur, le manque de confiance en soi… je trouve cela terrifiant. Avec mon mari, nous aurions pu être de bons parents pour l’un d’entre eux car nous sommes une famille aimante et nous aurions représenté un équilibre… Alors oui, adopter c’est aussi sauver un enfant, je ne regrette pas de l’avoir dit ainsi. Je pense même qu’il faudrait en sauver des centaines et des centaines par an.

Aujourd’hui, vous êtes dans quel état d’esprit ? Vous ressentez de la peine, de la colère ?

I. C. : Un peu des deux. Il y a une grande frustration. Alors, évidemment, nous avons la chance inouïe d’être parents aujourd’hui, nous avons la chance d’être une famille… Malgré tout, il y a cette peine en imaginant qu’un enfant aurait pu être heureux chez nous, que nous aurions pu lui offrir une jolie vie et beaucoup d’amour. Il y a aussi de la colère, ce sentiment d’impuissance. Et là, je ne pense pas à nous mais d’abord aux enfants et à tous ces couples qui sont dans une démarche d’adoption et pour qui c’est une épreuve énorme.

Dans le scénario de « Demain nous appartient », votre personnage accouche d’un troisième enfant. Comment avez-vous vécu cette scène qui vient d’être diffusée par TF1 ?

I. C. : Cela a été éprouvant, magique, douloureux, magnifique. Ça a été très riche en émotions. Malgré tout, j’arrive à faire la part des choses entre ce que j’ai pu vivre et ce que j’interprète, même si parfois j’ai le coeur serré…

Retrouvez INGRID CHAUVIN sur TF1 dans "Demain nous appartient" du lundi au vendredi à 19:10

Découvrez la bande-annonce des nouveaux épisodes de la semaine du 05 au 09 avril 2021 de la série "Demain Nous Appartient" sur TF1.

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